Les coléoptères de la famille des Meloidae (Méloïdés)
Les insectes de la famille des Méloïdés (Meloidae) se reconnaissent à leur corps souvent mou, cylindrique ou avec un gros abdomen et à leur tête formant un « cou » bien visible avant le pronotum. Celui-ci comme la tête est nettement moins large que l'abdomen. La longueur des élytres est variable en fonction des espèces ou du sexe, parfois très courts, comme chez les Méloés ou couvrant l'abdomen chez les Mylabres. Lorsqu'ils se sentent en danger, ces coléoptères sont capables de sécréter une substance toxique (la cantharidine) au niveau de leurs articulations. Ils arborent également fréquemment des couleurs vives dites aposématiques, agissant comme un signal d'avertissement visuel très efficace. Leurs antennes sont filiformes ou légèrement épaissies vers l'extrémité avec des articles ovoïdes ou coniques. Les Cantharidés leur ressemblent, mais leur corps comme leurs élytres est beaucoup plus plat. Dernier détail déterminant, les pattes postérieures possèdent un segment en moins au niveau des tarses (formule tarsale : 5-5-4).
Une hypermétamorphose et un cycle de vie original
Le développement des Méloïdés ne suit pas l'enchainement classique "œuf-larve-nymphe-adulte" durant lequel la vie larvaire n'est qu'une succession de mues et de croissance dans un même milieu nourricier.
Chez les Méloïdés , les larves doivent grandir dans les nids d'abeilles sauvages ou les oothèques de criquets, mais les œufs ne sont jamais pondus directement sur ces substrats nourriciers. Après leur naissance, les larves doivent se débrouiller pour le trouver toutes seules. Ce déplacement vers les nids d'abeilles ou les pontes des criquets n'est possible que si la larve peut se mouvoir facilement et c'est justement le cas de la larve primaire appelée triongulin (tarses avec 3 griffes). Ses longues pattes lui permettent de se déplacer soit directement dans le sol vers une oothèque où elle pourra poursuivre son développement ou indirectement en passant par un transporteur qui la mènera vers un nid d'hyménoptère.
Dans ce dernier cas, le triongulin du Méloé se hisse au sommet d'une fleur sur laquelle il attend le passage d'une abeille sauvage. Il s'agrippe ensuite sur la butineuse qui, lors de son voyage retour, la dépose involontairement au nid.
Le grand changement de l'hypermétamorphose a lieu une fois le nid atteint. Le triongulin mue et se transforme alors en une larve aveugle et charnue, adaptée uniquement à la consommation des œufs ou des réserves de l'hôte. La suite du développement passera par plusieurs stades larvaires dont certains immobiles pour survivre sans se nourrir aux mauvaises conditions hivernales (stade contracté et prénymphe) suivis d'une nymphose et enfin le stade adulte.
Écologie et régimes alimentaire
La biologie des Méloïdés révèle un contraste entre la vie adulte et la vie larvaire. Les adultes adoptent un régime strictement phytophage. Ils dévorent activement le feuillage, le pollen et les pétales de diverses plantes herbacées ou d'arbustes. En revanche, les larves agissent comme de redoutables prédateurs ou parasitoïdes en consommant les œufs de criquets ou en dévorant les provisions de pollen et de nectar des abeilles sauvages aux dépens de leurs larves.
Pour accomplir leur cycle de vie, les Méloïdés privilégient les écosystèmes ouverts, chauds et secs, tels que les prairies ensoleillées, les lisières de forêts et les garrigues méditerranéennes où ils trouvent abeilles et criquets. Si, en tant qu'adultes, ils participent modestement à la pollinisation, en tant que larves, ils limitent les populations d'orthoptères et d'hyménoptères, maintenant ainsi un équilibre délicat dans leurs habitats respectifs.
Sous-familles et enjeux de protection
La taxonomie divise principalement cette famille en deux grandes sous-familles observables en Europe : les Meloinae et les Nemognathinae. Celles-ci sont difficiles à séparer sur des critères morphologiques, de grandes variations existant dans chacune d'entre elles. Chez les Meloinae, les Méloés (genre Meloe) se distinguent par des couleurs sombres et des élytres courts laissant l'abdomen à découvert. À l'inverse, la Cantharide officinale (Lytta vesicatoria) qui n'est pas une Cantharidé, possède des élytres longs recouvrant entièrement l'abdomen et arborent de magnifiques reflets vert métallique. Chez les Nemognathinae, les espèces sont peu nombreuses et généralement vivement colorées avec des élytres recouvrant souvent l'abdomen. C'est dans cette sous-famille qu'est classée la Sitare orange (Stenoria analis) dont les larves ont trouvé un moyen encore plus original que les fleurs pour atteindre les terriers d'abeilles sauvages (voir sa fiche).
La destruction des habitats ouverts et l'usage intensif de pesticides menacent directement les abeilles solitaires et les criquets et, par effet domino, les Méloïdés eux-mêmes. La préservation de ces insectes nécessite donc une protection globale de nos prairies et de nos pollinisateurs sauvages.
Biblio et liens
- Horellou, A. s.d. «Les Meloidae (Coleoptera, Tenebrionoidea) de France métropolitaine. Clés de détermination des espèces.»( .PDF)
- Aramel, A. (n.d.). Les Insectes : Coléoptères Meloidae. Le Monde des Insectes.
- Bologna, M. A. (1991). Fauna d'Italia : Coleoptera Meloidae. Calderini.
- Paulian, R. (1988). Biologie des Coléoptères. Éditions Lechevalier.